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Monsieur De Vienne, issu d'une des plus illustres maisons de Bourgogne, n'eut qu'une fille de son mariage avec Mademoiselle De Chauvirey. La naissance, la richesse et surtout la beauté de Mademoiselle De Vienne, lui donnèrent pour amans déclarés tous ceux qui pouvoient prétendre à l'alliance de M De Vienne. M De Granson, dont la naissance n'étoit pas inférieure, fut préféré à ses rivaux. Quoiqu'aimable et amoureux, il n'avoit point touché le coeur de Mademoiselle De Vienne; mais la vertu prit la place des sentimens. Elle remplissoit ses devoirs d'une manière si naturelle, que M De Granson put se croire aimé: un bonheur qui ne lui coûtoit plus de soins, ne le satisfit pas long-temps. A peine une année s'étoit écoulée depuis son mariage qu'il chercha, dans de nouveaux amusemens, des plaisirs moins tranquilles. Madame De Granson vit l'éloignement de son mari avec quelque sorte de peine: les intérêts de la beauté ne sont guères moins chers à une jeune personne que ceux de son coeur. Elle étoit, depuis son enfance, liée d'une tendre amitié avec la comtesse de Beaumont, soeur de M De Canaple. Un jour que la compagnie avoit été nombreuse chez Madame De Granson, et que Madame De Beaumont s'étoit aperçue qu'elle ne s'étoit prêtée à la conversation que par une espèce d'effort: j'ai envie, lui dit Madame De Beaumont, aussitôt qu'elles furent seules, de deviner ce qui vous rend si distraite. Ne le devinez point, je vous prie, répondit Madame De Granson; laissez-moi vous cacher une foiblesse dont je suis honteuse. Vous avez tort de l'être, répliqua Madame De Beaumont; vos sentimens sont raisonnables; M De Granson a fait tout ce qu'il falloit pour se faire aimer de vous; il fait présentement tout ce qu'il faut pour vous donner de la jalousie. Je vous assure, dit Madame De Granson, que, si j'aimois mon mari de la façon que vous le pensez, je ne serois point honteuse de me trouver sensible à sa conduite présente; mais je ne l'ai jamais aimé qu'autant que le devoir l'exigeoit; son coeur n'est point nécessaire au bonheur du mien; c'est le mépris de ce que je puis avoir d'agrémens qui m'irrite. Je suis humiliée qu'une année de mariage ait éteint l'amour de mon mari; et je me reproche de me trouver des sentimens qui ne sont excusables que lorsque la tendresse les fait naître. |
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