La paysanne parvenue

by M. le chevalier de Mouhy


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La paysanne parvenue

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La paysanne parvenue Summary

Il m'en coûte infiniment d'avoüer ma naissance ; le rang que je tiens aujourd'hui dans le monde en est peut-être la cause. Je ne puis démeler quel est le principe de cette vanité ; quelqu'il soit, je confesse que ce début m'embarrasse : la morale et les bonnes réfléxions m'ont apris à mépriser ce ridicule entêtement.

Cependant, quoique je fasse, je ne puis m'accoutumer à me ressouvenir que la marquise de L V qui tient aujourd'hui sa place dans le monde, est dans le vrai Jeannette fille de Jean B bucheron de la forêt de Fontainebleau.

C'est cependant ce pere qui m'a donné le jour, cet homme de rien. Ma mere étoit femme de chambre de la comtesse de N dont le château étoit voisin du hameau où j'ai pris naissance. Elle s'étoit éprise de son mari, qui étoit alors jardinier de la maison ; et malgré sa maîtresse, qui vouloit la mieux pourvoir, son entêtement l'avoit emporté sur toute considération. Elle l'épousa ; elle fut obligée de suivre sa fortune : elle étoit médiocre, et devint encore plus malheureuse. Il ne put continuer sa profession : personne ne voulut se charger de lui, à cause qu'il étoit mal sorti d'avec son maître, qui étoit respecté. Il s'établit dans le hameau dont j'ai parlé, où, pour y subsister sa famille et lui, il fut obligé d'aller gagner sa vie dans la forêt. Je fus le premier fruit de leur union ; malgré leur pauvreté, l'inclination subsistoit toûjours : ma naissance, bien loin de les affliger, sembloit leur annoncer une fortune plus heureuse.

On verra dans la suite s'ils se trompérent.

Madame la comtesse de N voulut bien leur faire l'honneur de me tenir sur les fonts ; ma mere s'étoit remise dans ses bonnes graces peu après son mariage. Elle alloit souvent au château, et elle en remportoit toûjours quelques douceurs ; elle avoit été autrefois sa confidente, et elle croyoit avoir ses raisons pour la ménager.

La comtesse choisit m le marquis de L V qui avoit un château peu éloigné du sien, pour être son compere. La cérémonie se fit avec éclat, et notre maison se ressentit de cet honneur, par les petits presens d'usage en cette occasion.

Je fus élevé par ma mere ; la connoissance qu'elle avoit du monde, par le séjour qu'elle avoit toûjours fait à Paris près de sa maîtresse, me fut profitable. Elle m'enseigna de bonne heure la retenuë de celles de mon sexe, et elle me disoit souvent que la vertu et la sagesse étoient de toutes conditions. ...





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